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  Association des Amis de la CCE

Entretien avec Boris Cyrulnik

Entretien avec Boris Cyrulnik

Entretien avec Boris Cyrulnik

 

Sous le coup de l’émotion des attentats de Paris et de Saint Denis, Monique Kreps a demandé à Boris Cyrulnik, fils de déportés, enfant caché, quel regard il portait sur les différents attentats survenus en France…

 

Une idéologie totalitaire

« Ces attentats sont la marque d’une idéologie totalitaire qui exclut et assassine ceux qui ne sont pas dans cette mouvance.

Le procédé est toujours le même qu’il s’agisse de l’Inquisition, du Klu Klux Klan, du terrorisme de toutes les nations... On a eu cela en 1917 avec la Révolution russe qui supprimait tous les ennemis du peuple. Sous le régime hitlérien, les cibles étaient principalement les Juifs, mais aussi les francs-maçons, les communistes...

J’ai souffert comme tant d’autres du nazisme et je ne pensais pas que ce processus totalitaire recommencerait.

Le problème, c’est ces djihadistes ; ils sont très riches et inondent le monde d’argent. Aujourd’hui, les Juifs sont l’objet de leur vindicte, mais également les musulmans, ceux qui ne sont pas intégristes.

 

Dès 1956

À mon avis, cet islamisme intégriste a commencé avec l’avènement de Nasser en 1956 et le développement des Frères musulmans.

En France, le processus a débuté il y a une quinzaine d’années, malheureusement cela n’a pas été pris au sérieux. Il y a eu un certain angélisme de la part de nos politiques ; cela a été un cadeau pour l’extrême droite.

Au cours de ces trois dernières années, si les attentats ont suscité une réaction de la population, l’émotion n’a pas été la même selon qu’il s’agissait de l’affaire Merah, de la tuerie de Charlie Hebdo et enfin des derniers attentats.

 

À l’évidence, l’antisémitisme est toujours très présent

Aujourd’hui, de nombreux Juifs laïques comme moi font l’objet de menaces de mort. Mais, il ne faut pas se tromper, si on laisse perdurer cette situation, un jour cela sera aussi les chrétiens, les musulmans... »

 

M.K. : À l’AACCE, nous sommes aujourd’hui nombreux à être grands parents. Que dire à nos petits enfants sur les derniers évènements, comment le dire alors que nous sommes submergés par le retour à un passé traumatique et un futur en danger ? Doivent-ils être associés aux rituels de deuil collectif et individuel, bougies, fleurs…? Comment éviter qu’à l’école, ils n’aient la haine de l’autre, en l’occurrence le musulman ?

 

Le temps de la parole

« Parler libère, mais il faut parler en réfléchissant

Aux enfants, il faut expliquer qu’il ne s’agit pas d’un accident de nature, mais que ce sont des hommes qui ont tué d’autres hommes innocents, pour imposer leur dictature religieuse. Mais, il est essentiel de leur signifier que l’on n’est pas vaincu et que la société s’organise pour triompher de ce problème. La manière de parler est importante : si on en parle en semant la haine, les enfants deviendront haineux.

Je suis convaincu que dans les pays du Proche-Orient, on fanatise les enfants depuis la maternelle. Au Liban, un pays que j’aime beaucoup, j’ai vu le Protocole des Sages de Sion en feuilleton et j’ai aussi vu dans des écoles du Hezbollah des dessins animés où l’on voit des adultes juifs avec la bouche pleine de sang ; ils viennent de manger le cœur de petits enfants arabes. On est exactement dans la propagande totalitaire.

En France, nous sommes en partie co-responsables de ce qui se passe dans certains quartiers où nous avons laissé se développer ces idées. Ces jeunes qui passent à l’acte, aujourd’hui en France, ont été fanatisés depuis leur enfance.

Il nous faut prévenir ce genre de tragédie d’où la nécessité de centrer sur l’éducation et la culture principalement à l’école où la voix des parents est influente.»

 

M.K. : Depuis des années les politiques prônent le « vivre ensemble ». Mais comment est-ce possible après la sidération qui nous a submergés le 13 novembre ? Comment vivre en état de guerre et de peur ? 

 

« La peur est une réaction normale, légitime et saine.

En revanche il serait embêtant de ne pas s’en remettre et de vivre constamment dans l’inquiétude. Il faut donc prendre les dispositions qui permettent de ne plus avoir peur. D’ailleurs, je n’ai pas le sentiment que les Français aient peur : leur réaction est plutôt noble. Ils disent : on ne se soumettra pas et on ne cherchera pas la vengeance.

Le deuil collectif est fondamental pour montrer aux survivants et familles des victimes qu’ils ont notre soutien.

Le processus de radicalisation de certains musulmans était en place depuis longtemps et la société française a laissé faire. Aujourd’hui, tout le monde se sent en danger parce qu’un totalitarisme et une tentative de dictature religieuse se sont développés en France.

C’est aux décideurs maintenant de prendre des décisions. Il faut inviter les musulmans français ou non, à expliquer leur vraie religion et comment ensemble affronter le problème. Aujourd’hui, heureusement, ils prennent la parole.»

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