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  Association des Amis de la CCE

La Lettre N° 114,115,116

ATTENTION : cet article est particulièrement long.

Il regroupe la première page et les infos principales des 3 derniers numéros de La Lettre

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La Lettre N° 114,115,116

LE BILLET

La 75e commémoration de l’insurrection du ghetto de Varsovie

Ce 19 avril 2018, anniversaire du premier jour du soulèvement, la grande salle de la Mairie du dixième arrondissement de Paris, était archi-comble ; plus une chaise pour s’asseoir, pas mal de gens restés debout.

Et pourtant il y avait des absents : faute à la grève des trains, aux vacances de printemps.

Au-delà de ces causes matérielles, il y a eu probablement aussi ceux qui ont estimé que cette cérémonie qui rassemblait plusieurs associations était trop politique, ceux qui ont considéré qu’elle ne l’était pas assez ou encore ceux qui avaient choisi d’assister aussi à celle organisée par le CRIF, au Mémorial de la Shoah. Il est vrai qu’initialement, l’horaire du Mémorial devait leur donner la possibilité de nous rejoindre. La commémoration du Mémorial ayant commencé très en retard, nombre de personnes sont arrivées à la fin de notre cérémonie.

Notre commémoration unitaire s’est bien passée. L’ambiance était solennelle, tendue, traversée par l’émotion.

Je ne suis pas peu fière d’avoir été à l’origine de l’initiative de ce rassemblement.

Nous étions tous ensemble avec nos sensibilités différentes, ensemble comme les combattants du ghetto, qui se sont battu pour leur dignité et la nôtre, en sachant dans la lutte, faire taire leurs divergences politiques et idéologiques.

Ne les oublions pas !

Suzon Pikorki

ÉCLAIRAGE

L’Europe des fractures : l’Italie

Les élections en Europe se suivent et se ressemblent. Le scrutin italien du dimanche 4 mars 2018 s’inscrit dans une série électorale lancée par le Brexit du 23 juin 2016. Depuis le référendum du Royaume-Uni, une partie des consultations en Europe se sont polarisées sur l’appartenance à l’Union.

Il y eut la présidentielle autrichienne, les législatives néerlandaises, la présidentielle française et les dix millions de voix de Marine Le Pen, les législatives allemandes, autrichiennes et tchèques. En septembre, en Allemagne le parti d’extrême droite AfD a envoyé quatre-vingt-quatorze députés au Bundestag. À l’issue des législatives autrichiennes d’octobre 2017, le FPÖ favorable à une quasi sortie de l’Union est arrivé en troisième position avec 25% des voix ; il gouverne désormais avec le parti conservateur ÖVP.

La droite extrême, euro critique et xénophobe, est aussi au pouvoir en Hongrie depuis 2010 et en Pologne depuis 2015.

Victoire de la droite en Italie

Au lendemain du vote italien, le pays, sans majorité absolue, a plongé dans l’incertitude. Le quotidien Il Tiempo titrait le 5 mars en première page, Che Bordello.

Le Mouvement 5 étoiles M5S*, qui se revendique antisystème, est devenu le premier parti du pays avec 32% des voix.

La coalition quelque peu hétéroclite, formée par Forza Italia, parti de droite pro-européen de Silvio Berlusconi, la Ligue eurosceptique de Matteo Salvini – extrême droite ; ex Ligue du Nord – et les Fratelli d’Italia, a obtenu 37%, loin devant le Parti démocrate de centre gauche de Matteo Renzi 19%*. La Ligue, dépassant ses frontières initiales du nord, a pris pied dans le sud de la péninsule.

Ainsi la majorité des quelque 46 millions d’électeurs italiens, a placé l’Italie, un des six membres fondateurs de la construction européenne dans les années 1950, à l’avant-garde d’une Europe populiste et xénophobe ; un électeur sur deux a opté pour le Mouvement 5 étoiles ou pour les partis d’extrême droite, La Ligue et Fratelli d’Italia.

Le pays est désormais engagé dans un long tunnel de tractations politiques

Le Parlement italien est entré en fonction le 23 mars. Et dès le 26 mars, un accord sur les présidences des deux assemblées a été trouvé. Forza Italia prend la tête du Sénat et les 5 Étoiles celle de la Chambre des députés.

Quoi qu’il en soit, la vie politique italienne se trouve à ce jour définie par deux populismes, le M5S et la Ligue et ses alliés, chaleureusement félicités par Marine Le Pen et l’AfD allemand. Reste à savoir qui est le plus dangereux et qui parviendra au pouvoir.

Quelles explications ?

L’immigration, comme dans la plupart des pays européens, est considérée comme le premier facteur explicatif de l’essor des droites. Il n’est certainement pas le seul.

- La crise de 2008, qui conduisit à la plus forte récession mondiale depuis celle de 1929, avait clairement pour origine les faiblesses du système américain »*.

L’Union européenne n’a pas su en protéger les pays membres. Les règles rigides appliquées à contretemps ont déterminé entre 2011 et 2013, une véritable récession. En Italie, qui vivait depuis longtemps sur la dette publique, la politique d’austérité a eu des conséquences douloureuses.

Le chômage et la précarité ont joué à plein. L’économie italienne connait aujourd’hui une légère amélioration ; le taux de chômage, après un pic de 12,8% en 2013, est redescendu à 10,8%. Mais celui des jeunes, 15-24 ans, demeure endémique – 37% contre 18,6% dans l’Union – et fait des ravages dans le sud atteignant 56% dans la région de Naples, poussant nombre d’Italiens à l’exil. Ce n’est sans doute pas un hasard si le M5S y a fait une progression spectaculaire.

Enfin, la question des migrants a certainement contribué à faire prospérer le ressentiment envers l’Europe. L’Italie terre de passage des migrants d’Afrique via la Libye, estime avoir été abandonnée par les pays voisins, à commencer par la France et globalement par l’Union européenne.

Tous ces malaises se sont cristallisés sur des organisations de droite, voire néo-fascistes. Ils ont été exacerbés par le drame, en février 2018, de Macerata* où à la suite d’un assassinat, un militant d’extrême droite a tiré sur des Africains, faisant au moins six blessés.

Et maintenant ? Comment l’Italie sera-t-elle gouvernée ?

Le 4 avril le président de la République Sergio Mattarella, a ouvert ses consultations pour tenter de former une majorité de gouvernement. L’un des points d’interrogation est celui du rapport de force interne à la coalition de droite et de la place de la formation de Berlusconi.

C’est la quadrature du cercle !

De nouvelles consultations se sont ouvertes au Quirinal le 11 avril. Le M5S, avec un score de près de 32%, est désormais la première force politique. Luigi Di Maio qui a succédé au fondateur Beppe Grillo a abondamment expliqué qu’il était légitime à gouverner et qu’il était prêt à conclure des alliances, alors qu’en 2013, l’ensemble des partis politiques était rejeté par son mouvement. Matteo Salvini, leader de la coalition de droite, craignant son propre affaiblissement, ne veut pas se séparer de Berlusconi.

Le M5S, s’inspirant de l’Allemagne, a même déclaré être prêt à négocier avec le Parti démocrate, mal absolu jusque-là.

L’absence de majorité ouvre une période d’instabilité et d’incertitude. On ne peut qu’espérer que le pays saura trouver le chemin de sortie de cette crise.

Janina Cohen. Rédigé le 20 avril

* Fondé en 2009 par Beppe Grillo, humoriste et Gian Roberto Casaleggio, idéologue du mouvement, sur la promesse d’un changement de système. Son leader actuel est Luigi di Maio, 31 ans

* Président du Conseil de 2014 à 2016

* Thomas Piquetty in Le Monde des 14 et 15 janvier 2018

* Ville du centre de l’Italie

MÉMOIRE

Sur la place de la Nation…

de Guy Konopnicki

r la Place de la Nation, au cœur du quartier de mon enfance et de ma jeunesse, j’ai appris à aimer la France...

J’avais beau savoir, depuis mon plus jeune âge, que j’étais un petit juif, né après, je ne me sentais pas différent des autres. Je vivais au milieu de bandes fraternelles, gosses de prolos et d’artisans, pour l’essentiel, ceux de la communale, du collège, du lycée.

Et puis, les JC.

À l’ombre du Triomphe de la République, statue de Jules Dalou, nous étions la France, nous les Youpins, les Chinetoques, les Ritals, les Espingoins, les Fouchtras et les Bretons. Des Parigots, des titis, jaspinant la verte.

L’idée même d’un retour de l’antisémitisme nous semblait absurde. Nous n’avions pas besoin que l’on nous apprenne le vivre ensemble, nous étions en République, nous vivions ensemble.

Tant de souvenirs m’attachent à ce petit coin de Paris, La Nation

Non, je n’aurais jamais imaginé qu’on y brûlerait le corps d’une juive après l’avoir lardée de onze coups de couteau.

Avec Mireille Knoll, grand-mère juive, rescapée de la Shoah, c’est mon petit bout de France que l’on immole. Je me sens humilié, en tant que Français, plus qu’en tant que juif. J’ai honte pour mon pays et il me faudra passer de la honte à la colère pour combattre, puisqu’il le faut.

G.K. 26 mars Facebook

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La Lettre N° 114,115,116

LE BILLET

Qu’écrire en période d’été ? La Lettre arrivera dans vos boîtes alors que les vacances seront derrière nous ; agréables ou maussades, caniculaires ou pluvieuses, à vous de choisir ce qu’a

été cette trêve estivale.

En fait le terme de trêve est inapproprié. Dans le monde, les événements dramatiques – politiques, climatiques – ont été en nombre : les foucades de Trump, le vote de la Knesset d’une nouvelle loi fondamentale consacrant la primauté du caractère national de l’Etat sur le principe de démocratie, les morts de Gaza, les incendies en Europe, en Californie, les inondations indiennes, le tremblement de terre en Indonésie…

Notre Association nourrit également mes craintes. Depuis plusieurs années les Amis de la CCE s’interrogent sur leur avenir. Nous vieillissons !

Nous travaillons sérieusement à notre histoire Il était une fois la CCE.

Si nous avons une claire conscience de notre passé, nous n’avons pas une idée nette de notre devenir, la relève tant espérée faisant cruellement défaut. Faut-il penser à se rassembler avec d’autres, mais quels autres ? Pourquoi ? Comment ?

Bien entendu ces questions nous y reviendrons, nous en discuterons.

En attendant je vous souhaite une très belle année 5779, pleine de joie, de santé dans un monde en paix.

Suzon Pikorki

 

ÉCLAIRAGE

Cela s’est passé cet été !

 

Comme chaque année, nous proposons à nos lecteurs en ouverture du numéro de rentrée, un florilège des événements marquants de l’été. Ce ne sont pas forcément les plus importants, mais ceux qui ont retenu l’attention de l’auteure. Bien entendu, les opinions, remarques, commentaires, n’appartiennent qu’à cette dernière et ne reflètent pas forcément celles de toute la rédaction. Les lecteurs le savent ; ce n’est qu’un bref rappel !

12 juin :

Signature des accords entre Donald Trump et Kim Jong-un

Contre toute attente, malgré les menaces grandiloquentes, la tension, le danger, le président américain a franchi le pas et signé de son impressionnant paraphe un document avec le dictateur nord-coréen prévoyant une future dénucléarisation de la péninsule coréenne en échange de garanties de sécurité.

Cet accord de principe n’est peut-être rien et sera comme les précédents non respecté…

Kim Jong un a peut-être roulé Donald Trump… Les matamores aux coupes de cheveux particulières ont peut-être fait beaucoup de bruit pour rien… Certes !

Néanmoins, la baisse de tension qui s’en est suivi est appréciable. D.Trump a parlé avec le diable ce qui est parfois inévitable en politique, a permis au monstrueux tyran d’avoir une porte de sortie acceptable. Il a pris un risque. Bof ! Les grands hommes d’affaires ont l’habitude…

14 juin - 15 juillet

Coupe du monde de football : On est les champions !

Magnifiquement organisée par la Russie attendue à tous les tournants par une grande partie des Occidentaux qui n’ont pas trouvé grand-chose à déchiqueter, cette vingt et unième édition fut passionnante et inattendue.

La France, que peu voyait aller si loin, a atteint la finale pour la troisième fois de son histoire après 1998 et 2006. Face une Croatie excellente et solide, elle a remporté sa deuxième étoile par quatre buts à deux. Le match fut intense, haletant et la joie partagée enthousiasmante.

Du travail, des efforts collectifs, du lien social… pour un moment toutes les rancœurs, les divisions, les différences, oubliées… [cf. article Libres Propos]

Et que dire de Kylian Mbappé âgé de dix-neuf ans qui a reçu le trophée du meilleur jeune, d’Antoine Griezmann l’homme du match, de Samuel Umtiti le capitaine, de Benjamin Pavard auteur du plus beau but de la Coupe du monde 2018, d’Hugo Lloris, Paul Pogba et de toute l’équipe des Bleus de Didier Deschamps ?

Grâce à la force de leur exploit, nous avons vécu un temps de partage, de communion, rendant la vie plus douce.

Les grincheux ont encore une fois eu tort !

1er juillet

Simone Veil entre au Panthéon

Lors d’une cérémonie impressionnante, grandiose, Simone et Antoine Veil ont fait leur entrée au Panthéon auprès d’autres héros de la République.

L’avorteuse nazie si calomniée en son temps, a été accompagnée sur les musiques du Chant des déportés, la Marseillaise chantée par Barbara Hendricks, Jean Ferrat, l’Ode à la joie de Beethoven. Ils ont ponctué les moments forts de cet hommage national chargé de symboles.

Comme l’a dit Marceline Loridan-Ivens, sa sœur de toujours :

- Toutes celles de Birkenau, nous sommes entrées au Panthéon avec elle !

2 juillet

Vol de nuages en Iran… Un bon moment de l’été !

Le général de brigade Gholam Reza Jalali, commandant de la défense passive iranienne, a affirmé lors d’un colloque national sur la protection des populations qu’Israël trafiquait les nuages pour empêcher la pluie de tomber sur le sol iranien. L’impayable Ahmadinejad l’avait déjà suggéré en 2011 !

- Israël et un autre pays de la région ont des équipes conjointes qui travaillent à faire en sorte que les nuages qui entrent dans le ciel iranien soient incapables de déverser la pluie… En plus de cela, nous faisons face à un phénomène de vols de nuages et de neige, a ajouté le général.

Toujours plus forts les sionistes !

Au-delà de la stupidité des propos, d’ailleurs démentis même en Iran, des millions de gens sont capables de gober ça… Rire jaune enturbanné ; ridicule et effarant !

5 juillet

Disparition du lièvre de Patagonie

Âgé de quatre-vingt-douze ans, le cinéaste Claude Lanzmann est mort. Journaliste, cinéaste, écrivain, passeur de mémoire, il était devenu, de par l’importance de son film documentaire Shoah, une sorte de statue du Commandeur, une référence complexe selon les événements.

Intransigeant, sévère, il estimait incarner la vérité, habité par la conscience orgueilleuse de ce qu’il avait accompli. Shoah est unique, un travail monumental ; le reste de son œuvre est remarquable. Grand défenseur de l’existence d’Israël, il considérait l’antisionisme comme étant l’un des masques de l’antisémitisme.

- Shoah, ce n’est pas un film sur la survie, pas du tout, c’est un film sur la mort, sur la radicalité de la mort dans les chambres à gaz et ces protagonistes-là, je ne les appelle pas des survivants, aucun d’eux n’aurait jamais dû survivre. S’ils l’ont fait, c’est par un concours extraordinaire d’audace, de courage et de chance : je les appelle des revenants. Ils reviennent pratiquement d’au-delà du seuil du crématoire et sont dans le film des porte-paroles des morts. Ils ne disent pas « je », ils ne racontent pas leur histoire personnelle, ils ne disent pas comment ils se sont évadés, comment ils ont survécu à travers toute la guerre, ils disent « nous », c’est pas du tout pareil… France Culture A voie nue le 3/1/06

Mi-juillet

L’abracadabrantesque Affaire Benalla

Trop, c’est trop. À partir d’une situation contestable là où il n’avait rien à y faire, le chargé de mission responsable de la protection rapprochée du président Macron devient l’ennemi public n°1. Un déferlement d’images, de commentaires, d’alarmes en tout genre, occupe les écrans, les radios, les réseaux sociaux.

Rien ne nous sera épargné : la vie, les occupations, les goûts, le vrai nom, les avantages réels ou supposés, les passe-droits, le salaire, avec des sous-entendus un peu crasseux, d’A.Benalla…

Mais qui est-il ? Un terroriste islamiste, un serial-killer, un grand truand ? Pas même… Un débrouillard au culot monstre parvenu au plus près des riches et des puissants qui comptait bien en profiter un maximum ! Pas très moral ? Certes, mais pas mortel.

Au-delà des faits que la justice se chargera de clarifier, entendre, voir, les opposants au président et nos extrêmes drapés dans leurs toges d’indignation, eux qui n’ont jamais dérogé ou enfreint aucune loi, bien entendu, frôlait le comique troupier. Et que je réclame la démission du président… et c’est une affaire d’État… et la République chancelle… la majorité tremble… et c’est une crise de régime… et on va aller chercher E.Macron à l’Élysée… et ceci… et cela… ! Un vrai Watergate !

Une surenchère incessante, offrant l’image ridicule de la politique française.

Et pendant ce temps-là…

Après de terribles inondations, partout dans le monde, des incendies liés à la canicule en Scandinavie, Grèce, Portugal, Californie et d’autres encore, brûlent maisons, forêts, cultures, animaux, citoyens… Le sud d’Israël reçoit de Gaza des cerfs-volants incendiaires palestiniens qui ravagent tout.

Mi-juillet

Antisémitisme. Meurtre de Sarah Halimi :

Abolition totale du discernement du criminel !

Revenant sur la décision de retenir le caractère aggravant d’antisémitisme, et ce malgré le rapport d’expertise du psychiatre Daniel Zagury, les auditions du suspect, des témoins, un an après les faits le meurtre sordide de Sarah Halimi ne sera pas jugé.

À la stupéfaction générale, la seconde expertise demandée en catimini par la juge d’instruction a conclu à l’abolition totale du discernement de l’assassin ! Pas de procès !

- Nous redoutions le pire, nous avons eu le pire, a commenté Francis Kalifat le président du CRIF. En effet, comment ne pas partager son émotion :

- Nous ne comprenons pas l’obstination et les atermoiements qui consistent à vouloir faire de ce tueur un dément, alors qu’il est un assassin dont la démence présumée ne saurait pour autant occulter l’antisémitisme haineux.

Connue comme juive par son agresseur qui l’insultait, la menaçait périodiquement, torturée des heures aux cris d’Allah Akbar, défenestrée, tuée parce que juive, choisie comme victime expiatoire, victime de la haine des Juifs qui s’amplifie, mais chut ! Où est l’antisémitisme là-dedans ? Un déséquilibré, un ouf, un gogol de plus !

Une troisième expertise est réclamée dans l’espoir d’un procès… La justice passera-t-elle, enfin ?

3 août

Des graffitis antisémites ont profané la maison natale d’Élie Wiesel

À Sighet en Roumanie, cette maison est devenue un centre d’éducation sur la Shoah en 2014 en mémoire des 13.000 Juifs locaux déportés à Auschwitz, majoritairement assassinés.

Défigurer ce lieu de mémoire avec de grotesques inscriptions est une insulte au souvenir d’Elie Wiesel, mais aussi envers toutes les victimes de la Shoah.

Elie Wiesel avait dit un jour :

- Le bourreau tue toujours deux fois ; la deuxième fois par l’oubli.

9 août

Le droit à l’avortement en recul

Alors que le 14 juin les députés argentins avaient voté pour légaliser l’IVG, le Sénat n’a pas voté la loi. Si le Chili a récemment dépénalisé l’avortement, le combat n’est pas gagné en Amérique latine où les pressions catholiques sont énormes. Le Brésil, le Mexique et d’autres tiennent bon.

Aux USA, la lutte est permanente suivant les États. Le président D.Trump hostile à l’avortement a signé trois jours après son investiture un décret anti-IVG et encourage les opposants à durcir la législation par tous les moyens. Déjà aux Texas, Arkansas, Kentucky…

En Europe, s’il est autorisé dans la plupart des pays et récemment en Irlande excepté au Nord, tout n’est pas simple. Ce droit des femmes régresse affirme un rapport du Conseil de l’Europe. En Pologne, revenant sur des droits acquis, l’IVG est pratiquement interdite.

Sur Internet, propagande, fausses informations, pullulent.

Le droit à l’avortement est fragile, la vigilance indispensable !

Fin août

Encore un bel exemple de désinformation …

Nous avons, dans notre Lettre, écrit de nombreux articles concernant les déboires de la crèche Baby-Loup. Elle a obtenu gain de cause malgré les recours et critiques en tout genre y compris inattendues !

Fin août, un Comité des Droits de l’Homme à l’ONU, sorte de Comité Théodule où l’Arabie Saoudite et de nombreuses dictatures musulmanes ont une place de choix, condamne la France, reconnue coupable de violation de la liberté de manifester sa religion et discrimination envers les femmes musulmanes. Rien de moins !

Seulement voilà, ce Comité n’a aucune valeur ni contraignante ni obligatoire et l’empressement avec lequel ce non-événement a été relayé – dépêche AFP puis Le Monde, l’Obs, etc. – est troublant. L’avocat de la crèche, Richard Malka l’a bien expliqué.

Une certaine élite déplorerait-elle que Baby-Loup n’ait pas été condamnée ?

Et toujours…

Divers attentats et actes antisémites, le fait de nombreux déséquilibrés…, car maintenant, nous n’avons plus affaire à des salauds, des criminels, des nuisibles, mais à des mishougés méritant l’asile ! Il serait temps de créer des brigades de médecins, des armées d’infirmiers, des hordes de psys en tout genre afin de répondre à cette nouvelle mode ! Cela règlerait en même temps le problème du chômage…

Très belles fêtes de fin d’année à tous !

Christiane Galili

 

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La Lettre N° 114,115,116

LE BILLET

- Votre prénom est une insulte à la France.

Cette phrase a été prononcée il y a quelques semaines sur un plateau télé par Éric Zemmour à l’encontre de la chroniqueuse Hapsatou Sy.

Ce fut une véritable agression raciste !

Moi, Suzanne, je bénéficie d’un prénom français, il me fut donné par mes parents probablement dans un louable souci d’intégration ; il est vrai que côté nom de famille aucune illusion n’est permise.

J’aurais pourtant aimé pouvoir figurer sur la liste des prénoms établie il y a quelques jours par François Morel, lors d’une de ses chroniques matinales de France-Inter : Ibrahim Malouf, Vassily Kandisnky, Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, Vladimir Kosma, Carla Bruni, Marjane Satrapi, Romy Schneider, Leïla Slimani… Quel pied de nez à Zemmour !

Les racistes, les antisémites relèvent la tête. Les mots que l’on n’osait pas prononcer ont été libérés. Les extrêmes-droites s’installent un peu partout dans le monde ; à telle enseigne que notre droite classique apparait presque fréquentable.

Suzon Pikorki

ÉCLAIRAGE

Les jeunes Allemands et l’antisémitisme

par Jo Kastersztein et Pierre Winz

Durant des décennies les jeunes des mouvements d’extrême droite, dont nous avons déjà parlé, reprenaient à la fois le look, le comportement et les thèmes de leurs ainés. Influencés par la culture skinhead ou punk : crâne rasé, boots, piercing, tatouages – déjà ! – ils affectionnaient la musique hard et aimaient la bagarre.

La tendance actuelle des jeunes d’extrême droite est toute autre.

Ils veulent se démarquer de leurs prédécesseurs, considérés comme démodés et vieillots. Ce qui se manifeste dans leur style vestimentaire : pull à capuche, casquette de base-ball, tennis, sans oublier les lunettes de soleil. Ils écoutent ou pratiquent le hip-hop : voir Nationaler Sprechgesang, le rap : voir Kollegah, Bushido ou Naidoo ou le métal : voir National Socialist Hardcore.

De toute évidence la stratégie est d’essayer de rallier le maximum de jeunes normaux, produits de la culture médiatique dominante.

Les principales mouvances sont les : Autonome Nationalisten, Nipster, Antikapitalistische Kollektive, Identitäre Bewegung.

Les Autonome Nationalisten

Ils sont extrêmement radicaux et violents. Ils interviennent masqués, possèdent un véritable arsenal d’armes, attaquent la police… Ils fondent en 2004 les NS Black-Block par analogie au Schwarzer Block de gauche.

Les Nipster

Contraction de nazi + hipster, les hipsters sont vintage, indépendants, extravagants et alternatifs. Ils rejettent la culture du capitalisme et n’aiment pas les conventions sociales. Ils sont fans de musique indé, du rock alternatif et du jazz. Ils sont accros au cinéma indépendant, aux musées, à l’art urbain, sont à la pointe des nouvelles technologies et des utilisateurs compulsifs des réseaux sociaux.

Les Antikapitalistische Kollektive

Ils apparaissent en 2015. C’est un réseau de groupes d’extrême droite au niveau national. Ils mobilisent un plus grand nombre de personnes pour des manifestations. De noir vêtus, lunettes de soleil, ils ont pour symbole : le marteau et l’épée, un symbole nazi normalement interdit en Allemagne.

Les Identitäre Bewegung 

Mouvement identitaire, ils sont issus du mouvement identitaire français. C’est une sorte d’organisation de jeunesse de la Nouvelle Droite, de milieu plutôt estudiantin, intellectuel. Ils sont présents surtout dans la Ruhr. Leurs comptes Facebook et Instagram ont été fermés en 2018 pour propagation organisée de haine. Ils sont antiparlementaristes, contre les élites, la presse, les antifascistes, les immigrés qui mettraient en danger la survie même de l’Allemagne. Ils sont cependant ethno-pluralistes : ils n’ont rien contre les autres peuples, à condition qu’ils restent chez eux ! Armés de matraques et pratiquants des arts martiaux, ils prônent la non-violence ! Ils seraient secrètement financés par l’AFD.

Il est très difficile, par faute de statistiques crédibles, de connaître l’importance exacte de tous ces mouvements. Il semble cependant que leur effectif et leur influence restent très limités.

L’antisémitisme dans la musique des jeunes

Un phénomène plus inquiétant, en ce qui concerne l’antisémitisme, est la prolifération de groupes et de chanteurs qui utilisent des mots codés lorsqu’ils veulent parler des Juifs : banquiers, Illuminati, élites de la côte Est.

Quelques exemples :

En 2011 MaKss Damage rappe The first goes to the head, Le premier va à la tête. I stood up for my blood and our virtue, J’ai défendu mon sang et notre vertu. La meute de tiques voulait me briser [...] Je les ai toutes rassemblées dans le prochain train pour Buchenwald. Lave-moi avec le savon, profite de l’abat-jour…

En 2013 Bushido éradique Israël sur la mappemonde de son compte Twitter et remplit l’espace avec les couleurs palestiniennes.

2016 Kollegah publie une vidéo d’un Satan portant l’étoile de David.

2017 Xavier Naidoo dans sa chanson Marionetten désigne les hommes politiques comme des marionnettes, soutiens occultes, marionnettistes, qu’on doit couper du cordon ombilical de Babylone.

La difficulté avec cet antisémitisme codé c’est qu’on ne peut dire avec certitude si ceux, les jeunes, qui répètent ces inepties comprennent réellement ce qu’ils véhiculent et diffusent.

Enfin, il semblerait que dans les écoles il y ait peu de réactions négationnistes et que l’antisémitisme se manifeste uniquement sous forme d’insultes courantes entre élèves, sans que réellement ils en saisissent la signification.

Une expérience intéressante a été menée dans une école d’Essen. Un enseignant juif Guillermo Pineiro réalisant que presque aucun élève ne connaissant un Juif, a mis en place le projet Rent A Jew - Loue un Juif. Il invite des Juifs dans ses cours :

- Les élèves doivent entrer en contact avec des Juifs bien vivants pour mettre en question leurs stéréotypes et pour ne plus voir les Juifs seulement comme des victimes de la Shoah. L’invité apporte des aliments juifs, explique les rites de la religion juive et raconte lui-même un Judenwitz. […] Les élèves se montrent très intéressés. De telles actions évitent de faire la morale aux élèves.

Conclusion provisoire

Ces enfants, ces jeunes, pourquoi dans un pays comme l’Allemagne où l’histoire récente est partout présente et où un réel travail de mémoire a été mené, osent-ils maintenant tenir des propos ou commettre des agressions antisémites ? Parce que la vigilance se relâche ? Parce que les inégalités se creusent ?

Comme le dit Édouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l’université de Liège : - Il faut prendre en compte la totalité du cadre spatio-temporel des individus pour comprendre ce qu’ils pensent et ressentent. Il ne s’agit pas d’excuser les comportements antisémites en présentant ces jeunes comme des victimes de l’oppression capitaliste, mais de faire le lien entre des comportements subjectifs – que l’on peut et que l’on doit de toute façon toujours appréhender sous l’angle de la responsabilité individuelle, notamment pénale – et les positions et trajectoires sociales objectives… Moins une société forme un monde commun, car désagrégée par la concurrence et les inégalités et plus l’individu aura tendance, pour se constituer un monde sur le plan symbolique, à se tourner vers des identifications négatives et exclusives.

Une faible minorité

Nos chroniques peuvent être interprétées comme significatives d’une dangereuse montée de la xénophobie et des antisémitismes. Mais, sans la nier, tous ces groupes, pour le moment ne représentent qu’une faible minorité.

Ce qui peut nous rendre optimistes, en Allemagne, c’est que le 13 octobre 2018, 250.000 personnes ont fait la fête pour une Allemagne cosmopolite, Indivisible.

La manifestation était dirigée contre l’agitation de droite, la discrimination, la mort de réfugiés en Méditerranée et les ruptures dans le système social.

Indivisible est une large alliance de milliers de clubs, associations et organisations. L’alliance a été rejointe par un certain nombre d’organisations religieuses, d’associations d’entraide, de syndicats et de partis politiques, en particulier le SPD.

J.K. et P.W.

HOMMAGES

Ma Marceline

Mon amie Annie avait organisé le témoignage de Marceline Loridan-Ivens au Cercil d’Orléans les 12-13 mars 2013. Marceline m’a appelée : J’y vais seulement si c’est toi qui m’accompagnes ! 

On s’était rencontrées, trouvées, à mon bureau…

Dès la première fois elle m’avait raconté, jeté plutôt, ses blessures à jamais ouvertes, les pertes irréparables, de son père, de sa sœur, de son frère, les incompréhensions jamais apaisées avec sa mère, ses douleurs intimes, son parti pris irrévocable de n’avoir jamais d’enfant, après tout ça, après avoir eu le choc de la nudité de toutes ces femmes là-bas, de ces corps déformés par les grossesses et l’âge, humiliés, honteux. Regard pudique de jeune fille agressée, marquée à jamais par une insoutenable violence.

Il y avait eu par la suite le tournage de La Petite prairie aux bouleaux…

J’étais fière d’être figurante dans la toute première scène filmée dans la grande salle des fêtes de la Mairie du 20e arrondissement de Paris ; la voir, grimpée sur son petit marchepied, diriger de main de maître(sse) Anouk Aimée et les autres comédiens fut un privilège et un plaisir immense. La côtoyer durant les trois jours de répétitions – les figurants avaient dévoré le buffet-décor dès le premier jour, elle avait dû bricoler pour la suite… – pour une minute à l’écran ; on me voit si l’on est prévenu et que l’on surveille bien, mais qu’importe, pour elle, j’étais heureuse d’avoir été là. Pour Marceline.

Je crois qu’on s’était aimées tout de suite, enfin, je veux toujours le croire...

En elle, tant de souffrance, de violence, de révolte, d’humour, de gouaillerie, avec cette apparente fragilité et cette force, cet appétit de vie formidable, ces excès, ces pulsions autodestructrices. Son élégance. Pas de faux-semblants, pas de cinéma

Tous ont déjà souligné tout cela. Mais je veux le redire, car elle m’avait bousculée, touchée, au premier moment et je lui garde toujours mon affection bienveillante, proche, même de loin.

Et puis je n’avais encore jamais mis les pieds au Cercil, depuis son inauguration, le 27 janvier 2011, dont une image me restera inscrite en mémoire : Jacques Chirac, la main sur l’épaule de Simone Veil. Qui soutient l’autre ? Tous deux ont déjà cet air absent…

Lorsqu’elle me l’a demandé – accompagne-moi – je me suis sentie honorée…

Bien sûr, je lui ai dit oui, tout de suite ! Et me suis fait une joie de ces deux journées.

Et puis la veille et toute la nuit précédant notre départ, train et taxi réservés, hôtel pour elle, nuit chez Nadia pour moi, il a neigé… beaucoup. Au matin, tout était blanc, magnifique, gelé, verglacé, hostile pour elle. Elle m’a téléphoné, en panique absolue :

- Je ne suis pas morte à Birkenau, c’est pas pour crever à Orléans ! 

Toujours entre drame et distance. Je l’ai imaginée toute petite, recroquevillée, frigorifiée, là-bas, rue des Saints Pères, emmitouflée et pieds nus dans ses chaussures, terrifiée à l’idée d’avoir à braver ce froid et ses fantômes au nom du sacré devoir de mémoire.

Je me suis faite rassurante :

- Mais tu ne dois pas et il ne faut pas, si cela doit te créer de l’angoisse !

J’ai su la soulager au moins de ce poids-là.

Et on n’y est pas allées. J’ai annulé pour elle, bousculant un programme prévu de longue date, la venue de cette petite grande dame. Taxi, train, hôtel, ma nuit chez Nadia et le Cercil bien sûr ; je crois qu’ils ont passé un extrait de son film.

Et moi, je n’ai toujours pas fait le voyage ni la visite du Cercil.

J’irai, bientôt. Sans Marceline.

Claudette Krynk

Le Grand Charles

1924-2018

 

Charles Aznavour né Shahnourh Varinag Aznavourian à Paris, de parents arméniens fuyant le génocide turc est devenu l’un des plus glorieux ambassadeurs de la chanson française à travers le monde ! Et pourtant ce n’était pas gagné à ses débuts…

Raillé, insulté, démoli par les critiques, il dut sa réussite à son immense talent, à une obstination indéfectible et des protections non négligeables dont celle d’Édith Piaf.

- Je suis un dictateur, disait-il. Je suis celui qui dicte, dans mon métier, ce qu’il faut faire, car je sais ce qu’il faut faire… […] J’ai bousculé, transformé la chanson française et on ne le sait pas. J’ai innové, abordé le premier certains thèmes et on ne le sait pas !

Ne revenons pas sur sa vie, son œuvre internationale, dont nous avons pu lire, voir, entendre, tous les détails depuis le premier octobre. Un aspect de sa personnalité a pour nous un intérêt particulier ; ses liens avec les Juifs et Israël.

En tant qu’artiste, les Juifs ont été les premiers à m’accepter…

Charles Aznavour a toujours affirmé se sentir proche des Juifs depuis l’enfance, de ceux qui lui mettent les larmes aux yeux. Une proximité historique avec un autre peuple, cible de génocide avec une identité, un mémoire, un combat. Issus des mêmes quartiers, beaucoup de ses intimes étaient Juifs.

Israël le séduisait. Il aimait répéter qu’il avait été le premier artiste français à s’y être produit en 1949, juste après la déclaration d’indépendance. Une fierté !

Il aimait le bouillonnement de Tel-Aviv où ses concerts se déroulaient à guichets fermés.

Le pays lui rendait bien son affection. Il y fut récompensé de la médaille Raoul Wallenberg, un prix décerné pour l’aide apportée pendant la Shoah. En effet, des membres de sa famille avaient caché des Juifs au péril leur vie dans leur appartement parisien.

Avant-guerre, les Aznavourian étaient amis des Manoukian et c’est Missak qui apprit au jeune Charles à jouer aux échecs !

Il devait se produire à Tel-Aviv en juin 2019.

Un grand artiste et un mensch s’en sont allés. Heureusement restent ses chansons qui habitent nos vies… nous avons tous quelque chose de Charles Aznavour !

Christiane Galili

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