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  Association des Amis de la CCE

DISPARITION

Théo Klein, un juif en liberté
et l’esprit de résistance

Ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l’avocat, ancien résistant, est décédé à l’âge de 99 ans, Mardi 28 janvier 2020. Théo Klein, avait participé au colloque sur la résistance des juifs durant la guerre, colloque organisé par l'AACCE en décembre 2006 à l'auditorium de l'Hotel de Ville de Paris. Il était intervenu au nom des résistants "Eclaireurs Israélites"

Pendant l’Occupation, la famille se cache. Le jeune Théodore Klein rejoint, lui, les rangs de la Résistance juive, où il participe à l’organisation d’un réseau de sauvetage de centaines d’enfants en zone Sud. Né le 25 juin 1920 à Paris, cet arrière-petit-fils du grand rabbin de Colmar et fils d’Alsaciens des deux côtés du Rhin, un père médecin et une mère très pratiquante, mettra dès lors sa vie au service des autres, en particulier dans l’engagement citoyen et républicain.Responsable de l’Union des étudiants juifs de France jusqu’en 1950, après Sciences-Po, il étudie le droit avant de devenir avocat à la cour d’appel de Paris. Son métier en France et en Israël – il exercera à Jérusalem à partir de 1970 – mais aussi et surtout son implication dans les associations juives feront de lui une figure majeure du judaïsme français au XXe siècle.

le fondateur en 1986
du Congrès juif européen

De 1983 à 1989, il préside le Conseil représentatif des institutions juives de France. C’était le Crif d’avant, héritier de la Résistance. Théo Klein est alors à l’origine du fameux dîner annuel qui réunit notamment le premier ministre ou le chef de l’État. Il est également le fondateur en 1986 du Congrès juif européen.

Père de quatre enfants, cet homme de culture, érudit et passionné de textes hébraïques et d’histoire a, plusieurs années durant, présidé le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, à Paris. « Le lieu de ma culture est la France, le lieu de ma spiritualité est Israël », soulignait celui qui avait la double nationalité, française et israélienne.

Aux yeux de tous, il incarnera une vision juive ouverte et libre et sera d’ailleurs décrié pour cela dans les cercles sionistes et religieux les plus extrémistes. Homme de gauche et de la génération ayant participé au combat de la résistance au nazisme, il n’a jamais caché qu’il était libre penseur et agnostique. Il a toujours affirmé sa judéité en toute liberté. Il avançait le judaïsme comme un bien précieux de l’humanité qui permet de s’ouvrir aux autres et de les considérer comme des égaux.

En 1988, il avait ainsi écrit avec Hamadi Essid, chef de la Mission de la Ligue arabe à Paris, Deux Vérités en face (Lieu commun, 1992), un ouvrage dans lequel chacun donnait sa vision du conflit israélo-arabe. Il était aussi l’auteur de nombreux ouvrages et essais dont Oublier Vichy : À propos de l’arrêt Touvier (Critérion, 1993) et le Manifeste d’un juif libre (Liana Levi, 2002). Ami du président travailliste israélien Shimon Peres, il a souvent tenu des positions critiques contre la politique extérieure d’Israël et ses soutiens. « Je me bats pour que la reconnaissance de la Palestine vienne du gouvernement d’Israël et ne soit pas imposée à son peuple par une pression extérieure », estimait-il en 2002.

« Je suis juif par la Torah, pas par la Shoah »

En 2012, il avait dénoncé l’engagement d’un de ses successeurs à la tête du Crif, Richard Prasquier, contre le journaliste de France 2 Charles Enderlin pour un reportage, en 2000, sur la mort d’un enfant palestinien à Gaza, au début de la seconde Intifada.

« Je suis juif par la Torah, pas par la Shoah », déclarait-il au cours d'un entretien en mai 2002, en montrant l’importance du partage des cultures et des connaissances et la nécessité d’un monde à construire ensemble, tout en retenant les leçons de l’histoire. Au cours du même entretien, il avait fait une remarque qui pourrait constituer la profession de foi de cet homme, juif en liberté, qui avait pris le parti de la résistance : « Parier sur l’intelligence et le sens de la responsabilité des hommes est la seule voie possible. »

 

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