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  Association des Amis de la CCE

La Lettre N° 107

La Lettre N° 107

Le Billet

Mi-décembre : résultats des choix mitigés

- Les travaux au 14 sont presque finis. La salle est agrandie, la cuisine a changé de place, la linotype est installée [cf. Wanted ci- après], mais nos finances ne sont pas folichonnes. Voir ci-joint l’appel aux dons.

- La primaire de la Droite : ni Sarko, ni Juppé, mais Fillon. La perspective d’avoir au second tour des présidentielles le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est pas folichonne non plus !

- La primaire de la Gauche s’est enrichie de la candidature de Manuel Valls et appauvrie de celle de François Hollande…

- Aux États Unis, Donald Trump a triomphé.

- En Italie, Matteo Renzi a démissionné après le rejet du référendum constitutionnel qu’il avait proposé, ouvrant la voie à une nouvelle crise financière de l’Europe.

- En Pologne, Hongrie, Royaume-Uni – la liste n’est malheureusement pas exhaustive – la droite continue à prospérer.

- En Autriche, provisoirement, le pire n’est pas arrivé.

- À Alep le massacre continue…

Espérons que l’année 2017 soit placée sous de meilleurs auspices.

Meilleurs vœux à tous.

Suzon Pikorki

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ÉCLAIRAGE

Donald Trump le millionnaire du peuple

À l’issue d’une folle campagne, nous Européens, avons appris mercredi 9 novembre au matin, avec stupéfaction et une bonne dose d’effroi, le résultat du scrutin présidentiel américain. Nous ne nous attendions vraiment pas à l’élection, en tant que 45e président des États Unis, de Donald Trump.

Stupéfaction

La plupart des sondages nous avaient depuis des mois, entretenus dans l’illusion d’une victoire de la démocrate Hillary Clinton. Elle ne nous apparaissait pas forcément comme la candidate idéale, mais elle avait expérience et compétence. Après le premier président noir, elle allait être la première femme à accéder au poste suprême.

Nous avions occulté la complexité du système électoral américain : un candidat peut être élu avec moins de voix que son challenger.

La victoire tient au système des grands électeurs, conséquence du caractère fédéral du pays où l’échelon déterminant est celui des États de l’Union. Hillary Clinton a perdu avec deux millions de voix d’avance.

Rarement campagne aura été aussi violente

Nous avions tous pensé que l’inexpérience, le narcissisme sans limites, la grossièreté du représentant des Républicains, immuniseraient les électeurs. La victoire de Trump est l’une des manifestations de la droitisation* politique qui touche de nombreux pays, y compris le nôtre, alors que nous sommes proches de l’élection présidentielle.

Tout au long des primaires, Trump a cultivé sa proximité avec la droite européenne la plus dure ; il n’a cessé de faire référence dans ses discours au Brexit et Marine Le Pen a été parmi les premières à le féliciter.

Aujourd’hui nous ne savons pas quel genre de président sera le nouvel élu, après son entrée en fonction le 20 janvier prochain. Il n’est pas exclu que le futur gouvernement ait l’intention de tenir les promesses les plus radicales de son leader. Le staff qu’il a d’ores et déjà appelé auprès de lui comprend des personnalités très réactionnaires, franchement racistes.

S’y ajoutent des relents de népotisme, la proche famille, fille, gendre…

L’arrivée de Trump au pouvoir, marque avant tout l’échec de la mondialisation libérale, le creusement des inégalités, les profonds changements du paradigme économique liés à la révolution numérique.

Le programme

Le programme égrainé tout au long de la campagne électorale américaine est un mélange de protectionnisme/isolationnisme et de relance économique, agrémenté de quelques mesures ultras libérales et d’un certain nombre de contradictions.

Manifestement, il a séduit l’Amérique des délaissés, des victimes de la désindustrialisation et de la flambée des inégalités sociales : les 3% d’Américains les plus riches concentrent 54,4% de la richesse globale contre 10 points de moins en 1989.

Ainsi, l’Obamacare, dont quelque vingt-cinq millions d’Américains bénéficient, est depuis longtemps en ligne de mire des Républicains du Congrès. À plus de soixante reprises, ils ont voté, sans succès, pour son abolition.

À la classe ouvrière, frappée par la désindustrialisation, Trump a promis de les protéger et de s’attaquer à la globalisation.

On peut citer dans le désordre et sans épuiser le sujet :

- Dénonciation de l’accord de libre-échange Trans pacifique, ne comprenant pas la Chine, tout récemment signé.

- Renoncement aux accords de libre-échange – TAFTA* – avec l’Europe.

- Renégociation d’ALENA* accusée d’être responsable des délocalisations vers le Mexique, droits de douane pour les produits importés du Mexique, qui abrite pourtant nombre d’établissements délocalisés des États Unis, de Chine qui pourtant détient massivement les titres de la dette américaine…

- Il a aussi prévu d’annuler l’accord de Paris sur le climat, de supprimer l’Agence de protection de l’environnement et de lever les restrictions à la production d’énergies fossiles. - Il souhaite aussi que les alliés des États Unis au sein de l’OTAN payent plus pour assurer leur propre sécurité.

Parmi les promesses de relance, il y a celle de réduire sensiblement les impôts sur le revenu – le nouveau Président s’étant vanté de ne pas payer lui-même d’impôt – et sur les sociétés 15% contre 35% actuellement.

Parallèlement, il a promis de lancer un programme d’investissement dans les infrastructures de mille milliards de dollars, sans oublier le mur avec le Mexique qui, aux dernières nouvelles, ne serait plus qu’une clôture, renforcée il est vrai, par un accroissement considérable du nombre d’agents de l’immigration.

Pour lutter contre le terrorisme, Donald Trump a proposé d’autoriser la torture et de tuer les familles des terroristes. Il est vrai que dans une interview récente, il est revenu sur certaines de ces déclarations fracassantes.

Accueil et réactions

Toute la campagne a été émaillée de déclarations sans retenue qu’il s’agisse du racisme, des femmes, de l’environnement. Depuis que les résultats électoraux sont connus, des manifestations anti Trump ont lieu dans nombre de villes.

Il est à peu près sûr que ce mécontentement soulignant les clivages de la société américaine ne changera pas grand-chose. Le millionnaire de l’immobilier et des casinos a été fait président par les franges défavorisées de la population, les victimes de la désindustrialisation.

On peut craindre que la mise en œuvre des mesures prévues ne creuse encore les inégalités et n’impacte aussi l’économie de pays étrangers.

En revanche la Bourse, après vingt-quatre heures de flottement, a fort bien accueilli la nouvelle, cela d’autant plus que le nouvel élu a promis de revenir sur la régulation bancaire pourtant timide, mise en place après la crise financière de 2008 : le Dodd Frank Act de 2010. La finance ne peut qu’être séduite par l’abaissement de ces contraintes réglementaires et la perspective de grands travaux.

On peut se demander si Donald Trump, grand défenseur de la classe ouvrière maltraitée par la globalisation, ne va pas être récupéré par la finance à laquelle il doit sa fortune.

Et aussi comment il va arbitrer entre les Google destructeurs d’emplois et les industries classiques.

Janina Cohen, Suzon Pikorki

* Cf. Éclairage du n° 106 de La Lettre

*TAFTA ou TIPP : Transatlantic Trade and Investment Partnership ou projet d’accord de libre-échange, lancé en 2013 par Barack Obama entre les USA et l’Union européenne. Côté européen l’opposition s’est beaucoup cristallisée autour du poulet à l’eau de Javel.

* ALENA ou North American Trade Agreement ou accord de libre-échange américain signé en 1994 entre le Canada, les USA et le Mexique.


 

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